Marie-Madeleine : La Divine Féminine

Mais quel est cet amour de Madeleine?
L’amour peut tout ; l’amour ose tout ; l’amour n’est pas seulement libre et familier mais encore hardi et entreprenant ; et je vois Madeleine qui se tient derrière, qui n’ose lever les yeux ni regarder ce visage, qui se croit trop heureuse d’approcher ses pieds ; qui soupire et ne parle pas ; qui pleure et n’ose attendre de consolation ; qui donne tout ce qu’elle a et tout ce qu’elle est, et n’ose pas même demander sa grâce.
Si c’est l’amour qui vous pousse, que craigniez vous?
Osez tout, entreprenez tout.
L’amour ne sait point se borner, ses désirs sont sa règle, ses transports sont sa loi, ses excès sont sa mesure.

L’Amour de Madeleine, 17ème siècle. ( Les 7 Visages de Marie-Madeleine ; J.Kelen)

Qui était Marie-Madeleine?

La prostitué qui aurait oint les pieds de Jésus au repas de Simon le Pharisien et se serait repentie de ses pêchés ?
Une disciple qui aurait accompagné Jésus fidèlement jusqu’à la croix tandis que tous ont fui ?
L’épouse cachée de Jésus et la mère de son enfant (Sara) ? En référence à l’avènement du roman Da Vinci Code de Dan Brown largement inspiré de l’essai l’Énigme sacrée publié en 1982.
Aurait-elle été une figure fondatrice du christianisme ?
Ce personnage féminin énigmatique de la Bible (Marie-Madeleine est citée 12 fois dans les Évangiles), suscite encore aujourd’hui des débats passionnés autour du pouvoir et de la sexualité des femmes.
Elle est décrétée comme une disciple, une prêtresse, une érudite, un chef spirituel, la première messagère christique, une visionnaire, une missionnaire, une guérisseuse, elle sait tout faire.
C’est la figure féminine importante du christianisme primitif, « l’Apôtre des Apôtres » selon Saint Thomas d’Aquin ; le « témoin de la miséricorde divine » d’après Saint Grégoire le Grand.

Célébration de Sainte Marie-Madeleine

Selon le désir express du Saint-Père François, la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, a rendu public, par le décret du 3 Juin 2016 :
« Solennité du Sacré Cœur de Jésus, la célébration de Sainte Marie-Madeleine, actuellement mémoire obligatoire, sera élevée dans le calendrier romain général au rang de Fête. »
Cette décision s’inscrit dans le contexte ecclésial actuel qui réfléchit plus profondément sur la dignité de la femme, sur la nouvelle évangélisation et sur la grandeur du mystère de la miséricorde divine.
Sainte Marie-Madeleine est un exemple d’évangélisatrice vraie et authentique qui annonce le joyeux message de Pâques.
Le pape François a posé justement cet acte de reconnaissance au moment du jubilé de la Miséricorde afin d’honorer l’importance de Sainte Marie-Madeleine dans le christianisme.

L’église de Rome, avec le pape Grégoire 1èr au 6ème siècle, considère le personnage de Marie-Madeleine comme l’amalgame de 3 personnes différentes, Marie de Magdala ( qui signifie en hébreu « tour » et qui parle d’un lieu), Marie de Béthanie (signifie la « maison d’Anne ») sœur de Lazare et de Marthe, et Marie-Madeleine la prostituée qui lave les pieds de Jésus.
Dans les Évangiles canoniques, on constate à la lecture des récits que Marie-Madeleine est un mélange de plusieurs personnages :
– L’évangile selon Luc, raconte une Marie libérée des 7 démons (les démons étant la symbolique d’un mal psychiatrique) par Jésus et qui devint la disciple aimant Jésus et aimée de Jésus, la femme la plus importante après la propre mère de Jésus.
– L’évangile selon Jean, lui donne le rôle majeur dans le Récit de la Passion comme premier témoin de la résurrection (chapitre 20).
Le pape Paul VI (1897 / 1978), en 1969, décrète qu’elle doit être fêtée comme « Disciple » et non plus comme pénitente.
Le pape Jean-Paul II (1920 / 2005) porte une grande attention non seulement à l’importance des femmes dans la mission du Christ et de l’Eglise, mais aussi un accent particulier concernant la fonction de Marie de Magdala qui sera la première messagère aux Apôtres de la résurrection. Il souhaite accueillir au sein de son Eglise, sans aucune distinction, hommes et femmes de toute race, langue et nation pour annoncer la bonne nouvelle de Jésus-Christ, les accompagner dans leur pèlerinage terrestre et leur proposer le Salut de Dieu.
Jean-Paul II différencie alors Marie-Madeleine de Magdala avec sa fête personnelle que l’on célébrera le 22 juillet (fête fixée à l’origine par le moine Béde le Vénérable) et Marie de Béthanie et sa sœur Marthe qui auront leurs fêtes le 29 juillet.

A découvrir le film Marie-Madeleine sortie en 2018, qui propose une lecture féministe du personnage de Marie-Madeleine en se basant à la fois sur la Bible et sur des sources apocryphes (écrits non authentifiés par les autorités religieuses)

L’Évangile de Marie

Le corpus des Évangiles s’est enrichi, depuis la découverte des manuscrits de Nag Hammadi en 1945. C’est un ensemble de 13 codex de papyrus du milieu du 4ème siècle. Ils contiennent une cinquantaine de textes en copte, la majorité sont des textes gnostiques. Ces écrits permettent aujourd’hui d’élargir notre point de vue et d’enrichir notre connaissance de certains aspects jusqu’alors « occultés » ou profanés du christianisme.
On y trouve les Évangiles de Philippe (relate des relations charnelles entre Jésus et Marie-Madeleine), de Thomas (évangéliste des Indes) et celui de Marie, attribué à Myriam (rattaché aux termes hébraïques mar (goutte) et yam (mer) ; signifie « goutte de mer ») de Magdala, premier témoin de la résurrection et considérée par l’apôtre Jean comme la fondatrice du christianisme.
Cet évangile transmet les enseignements secrets que cette femme a reçu en vision, elle se révèle être l’amie intime de Jésus, détentrice d’une parole cachée même aux apôtres.
La difficulté à recevoir cet évangile vient de la nature de cet enseignement, de l’anthropologie et de la métaphysique qu’ils présupposent.
Cette découverte délivre un autre message, bien différent des évangiles canoniques qui nous disent de croire en Jésus-Christ et nous serons sauver, alors que les évangiles apocryphes suggèrent que le divin est en chacun de nous, puisque Dieu nous a créé à son image.
L’Évangile de Marie, parle du réalisme de l’humanité de Jésus dans sa dimension sexuée, n’ôtant en rien le réalisme de sa dimension spirituelle, pneumatique ou divine.
Ce message nous invite à nous rendre libre à l’égard de nos dualités qui nous diabolisent ou nous déchirent. Il ne s’agit plus de nier le corps ou la matière, mais à travers notre non-appropriation et notre non-identification à ces plans réels, de les sanctifier, de les transfigurer, et d’apprendre par l’imagination créatrice à mettre l’amour là il n’y en a pas, là où, dans notre intelligence et notre désir arrêtés, entravés, il n’y en a plus.
Myriam de Magdala est une femme et une femme qui a accès à la connaissance, elle témoigne d’un mode de connaissance différent de celui auquel l’esprit masculin à accès. Il s’agit d’une connaissance de type prophétique ou visionnaire qui n’est pas le propre des femmes mais qui appartient à la dimension féminine, angélique ou orientale de la connaissance humaine. Quel est l’organe de la vision dans ce cas-là ? Ce ne sont pas les yeux mais la « fine pointe de l’âme » ou « l’ange de l’âme », qui ouvre sur le monde intermédiaire, « l’Imaginal ».
L’imagination est la mise en sympathie de l’invisible et du visible, du spirituel et du physique. Le moteur de cette imagination, chez Myriam est le désir et l’amour, elle aime un être qu’elle a connu dans le monde sensible et elle a vu en lui la manifestation de l’Aimé divin ; par la force de l’imagination, elle spiritualise cet être en l’élevant de sa forme sensible jusqu’à son image incorruptible.

Conseil de lecture

Le silence est le gardien de l’Amour et de la Connaissance.
Marie-Madeleine connaît la relation avec l’invisible dont le silence est le sceau, tandis que les disciples masculins sont appelés pour construire l’Eglise visible et utilise le langage connu pour se faire entendre.

Les 7 visages de Marie-Madeleine Jacqueline Kelen

Le Culte de Marie-Madeleine

La Basilique Sainte Marie-Madeleine de Vézelay en Bourgogne, lieu important de pèlerinage des chemins de Compostelle, étape indispensable sur la route des croisades. Ce sera le premier culte de Marie-Madeleine.
En 1050, l’abbaye passe sous le patronage de Marie-Madeleine, l’abbé Geoffroy expose les reliques de la Sainte, celles-ci sont validées solennellement par le pape en 1058.
Le lieu se développe et offre prospérité à la ville et ses habitants.
Le déclin de ce lieu prestigieux arrive alors qu’en Provence, après de longues fouilles on trouve le tombeau de Marie-Madeleine, les ossements seront authentifiés par le pape en 1295. Les pèlerins se détournent pour aller se recueillir à Saint-Maximin.

La Basilique Sainte Marie-Madeleine de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume devient le nouveau lieu de culte de la Sainte authentifié par le pape.

La légende raconte que Marie-Madeleine aurait trouvé refuge en Provence après avoir débarquée aux Saintes Marie de la Mer, elle aurait occupé pendant 30 ans une grotte du massif de la Sainte Baume pendant qu’elle évangélisait la Provence. Maximin était un de ses disciples , il devient le premier évêque d’Aix – en – Provence. A sa mort elle aurait été enseveli à Saint-Maximin.
Son crâne est exposé dans la Basilique, protégé par un reliquaire doré.

Au cœur du pays Cathare à Rennes le Château, on découvre sur les hauteurs, un village insolite et mystique avec l’Eglise Sainte Marie-Madeleine, sa villa Béthanie et sa tour Magdala. Ce haut lieu ésotérique est dédié au mythe de Marie-Madeleine et rend hommage à ce personnage énigmatique, drainant mystères et secrets non élucidés, la quête de vérité continue…

L’abbé Saunière découvre un document codé en 1885, qui apporte la preuve que Marie-Madeleine est le Saint-Graal et qu’elle aurait enfanté l’Initiatrice de la dynastie mérovingienne, ce parchemin dévoile le lien sacré entre Jésus et Marie-Madeleine.

La Tour Magdala

Si vous souhaitez en savoir plus sur le village de Rennes le Château, je vous invite à vous rendre sur le blog des Mondes Fugaces qui lui consacre un article en ce jour de fête de la Marie-Madeleine.

Marie-Madeleine, Sainte, reconnue, fêtée, honorée, reste pour chacun de nous, homme ou femme, la prostitué que l’on héberge en soi, qui doit se dévêtir des habits trompeurs de l’existence afin de retrouver l’essence, se souvenir de son origine, de l’Amour primordial. Elle représente l’humanité en marche vers sa rédemption, vers sa divination.

Bonne fête à la Marie-Madeleine qui sommeille en nous.

Namaste





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